camille esayanChroniques du cancer → Prendre du recul

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Île du poumon, vue aérienne.

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Île du poumon, vue aérienne, zoom.

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Île du poumon, vue aérienne, zoom.

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Île du poumon, vue aérienne, zoom.

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Quand je relis le texte que j’ai écrit il y a un an, relatant le jour où je me suis réveillée avec un seul poumon à la suite de mon opération, le 9/09/19, j’ai la sensation d’être à nouveau projetée dans une situation douloureuse, certes, mais je peine à la revivre avec la même intensité. Comme s’il s’agissait finalement du vécu et de l’histoire de quelqu’un d’autre, de quelqu’un que je ne reconnais plus aujourd’hui. 

Lorsqu’il y a deux ans je me suis réveillée avec un seul poumon, j’étais encore insouciante. Je considérais ce cancer comme une simple formalité, une étape, sans mesurer le moins du monde les conséquences qu’il aurait par la suite sur mon corps, mon couple, mes proches, ma carrière professionnelle, ma vie tout court.

J’avais la naïveté de croire que tout allait redevenir comme avant et qu’à la fois, en un coup de baguette magique, mon existence allait se transformer viscéralement. Rétrospectivement, force est de constater que cette conviction n’était ni tout à fait vraie, ni tout à fait fausse non plus.

Apprendre à vivre avec un seul poumon a demandé et demande toujours des ajustements. Mon emploi du temps est encore ponctué de rendez-vous médicaux, j’ai adapté mon alimentation, j’ai repris une pratique du sport régulière, je me suis spécialisée professionnellement, donc de ce point de vue, ma vie a évolué et continue d’évoluer profondément, cela prend simplement du temps.

C’est ce même temps qui passe et qui me donne parfois le vertige quand je constate néanmoins que l’être humain s’habitue à tout. Que je respire parfois en me disant que j’ai encore deux poumons, « comme avant » et que l’espace d’une seconde, j’oublie que j’ai traversé un cancer. 

J’apprends à regarder celui-ci et ce poumon qui n’est plus, avec distance, comme si j’avais embarqué dans un avion et que je regardais cet archipel s’éloigner, de plus en plus, depuis le ciel. Au moment de mes examens de contrôle, je vois par le hublot qu’il se rapproche à nouveau, me précipitant à ce jour encore dans la peur de la récidive et de la mort. 

Le reste du temps, je le survole, je le cartographie minutieusement, j’en trace les contours, les frontières et les tenants et aboutissants. 

Deux ans plus tard, je commence doucement à atterrir de ce voyage initiatique.

Et vous, comment vivez-vous ces dates anniversaire ? Comment abordez-vous l’après-cancer ?